5 Questions au Directeur

Cinq Questions posés à Abdellatif Zerga, Directeur par Intérim de PAUWES

Abdellatif Zerga mène des recherches sur l’énergie solaire photovoltaïque depuis près de 20 ans. Un physicien de formation, il est titulaire d’un Doctorat en physique de l’Université de Tlemcen en Algérie, où est actuellement professeur. Il a terminé la recherche postdoctorale en France en matière des cellules solaires de troisième génération, et a travaillé en France, en Allemagne et aux États-Unis. Outre son enseignement à Tlemcen, Zerga mène actuellement de nombreux projets de recherche à l’Université où il a également était auparavant vice-doyen chargé des Affaires Académique. Il apporte également une expérience en industrie au monde universitaire, ayant travaillé avec des start-ups et des entreprises multinationales sur la technologie de cellules solaires.


 

Q: Quelle inspiration pour l’Institut PAUWES prenez-vous de votre formation académique en tant que scientifique, votre travail dans l’industrie, et votre expérience en tant qu’administrateur à l’université?

R: Dès le début, j’ai été fasciné d’apprendre l’origine de tous les phénomènes – c’est la base de la physique – en fait, elle est le fondement de toute science. Mon travail a été sur l’énergie solaire photovoltaïque. La technologie solaire inclut beaucoup de choses – la biologie, l’environnement, l’écologie. L’énergie et l’eau sont très importantes pour assurer le progrès et le développement en Afrique. Dans le domaine de l’énergie solaire, nous avons beaucoup de ressources, mais peu d’investissement a été fait jusqu’à présent. Quant à l’eau, nous avons fait beaucoup de progrès dans la gestion de l’assainissement et des ressources en eau, mais il faut faire plus. J’ai travaillé avec des scientifiques en Afrique, en Europe et aux États-Unis et je vois que les étudiants africains ont un grand rôle à jouer. Le rôle de notre institut est de leur donner l’assurance dont ils ont besoin et qu’ils auront les mêmes conditions que les autres étudiants dans les institutions d’enseignement de renom à l’extérieur de l’Afrique. C’est notre responsabilité vis-à-vis d’eux en tant que professeurs. Notre rôle, ce n’est pas seulement de leur donner une formation, mais aussi de les accompagner pour mettre en œuvre leurs idées, ils pourront donc réussir et apporter une contribution à l’Afrique dans l’avenir.

Q: Quelle est votre vision pour l’Institut de Université PanAfricaine pour les Sciences de l’Eau et de l’Energie?

R: Au PAUWES, nous pouvons préparer la prochaine génération de scientifiques et de décideurs politiques. Je crois que nous pouvons changer beaucoup de choses en Afrique si nous améliorons les instruments et les outils. Nous avons beaucoup de ressources, mais nous manquons d’expérience. Grâce à cet institut, nous allons axer les efforts des chercheurs et des enseignants en Afrique sur la création d’un large réseau d’experts qui peuvent se concentrer sur les mêmes sujets et fusionner les priorités de la politique africaine. Ce réseau regroupera les acteurs du domaine scientifique et ceux qui sont responsables en matière de détermination des politiques, parce que pour assurer le progrès et le développement de l’Afrique nous avons besoin de ces acteurs agissant sur ces deux niveaux, main dans la main. Notre objectif est de donner des avantages à un groupe d’élite de chercheurs et d’acteurs de la société civile qui, à leur tour, associeront leur d’expertise de haut niveau aux domaines des sciences de l’eau, de l’énergie et du climat et l’élaboration des politiques au profit du continent africain. Nous cherchons des étudiants de haute qualité dont le but est de devenir des leaders dans ces domaines et créer des connexions de soutien solides avec d’autres Africains dans des domaines ayant trait à la recherche, la gouvernance, les entreprises et la société civile. Le gouvernement algérien soutient cet institut en mettant en place des installations, des bourses d’études, avec un corps professoral hautement qualifié. L’université partenaire – Université de Tlemcen – dispose d’installations très intéressantes. Elle peut accueillir 1000 étudiants environs, mettre à disposition des maîtres de conférences, un corps professoral et un staff technique. Si les étudiants sont engagés et motivés, ils auront toutes les chances d’être parmi les meilleurs dans leur domaine à l’échelle mondiale. En tant que référence pour notre région, ce programme apportera d’énormes avantages.

Q: Comment allez-vous les soutenir pour réaliser leurs idées? Selon vous, quelles sont les portes que PAUWES pourra ouvrir particulièrement pour les étudiants et pour la recherche?

R: Les étudiants veulent concrétiser leurs idées. Trop souvent, les idées finissent par disparaître en raison d’un manque d’argent ou de connexions à l’industrie. Au PAUWES, si les étudiants ont une idée originale, nous allons les aider à la développer. Nous mettons à leur disposition les équipements, les infrastructures et l’enseignement. Si l’idée se révèle excellente, alors nous pouvons les aider à obtenir un brevet. Le défi est de savoir comment construire une start-up avec un étudiant à court terme. Pour cela, nous aurons un centre d’incubation, qui sera un véritable atout au sein de l’institut. Un autre objectif, c’est de créer un réseau d’anciens étudiants diplômés; pour donner aux diplômés une chance de se rencontrer et aussi de les soutenir dans leur vie professionnelle quand ils passent vers d’autres étapes. Nous voulons favoriser le sens de l’esprit communautaire et d’apprendre aux étudiants comment développer des stratégies pour leur vie professionnelle. L’une des choses que j’aimerai bien enseigner aux étudiants, c’est savoir comment créer des liens plus étroits à l’industrie. Ceci est très important pour les étudiants en Afrique, où l’argent peut souvent faire défaut et beaucoup de bonnes idées se perdent avant d’atteindre le stade de brevet.

Q: La vie étudiante est une partie importante pour générer les idées, n’est-ce pas?

R: Le rôle de l’éducation n’est pas uniquement de fournir une formation. Le rôle est également d’accompagner les étudiants dans leurs études et dans leur vie. Les étudiants peuvent être les meilleurs dans ce qu’ils font s’ils sont motivés et engagés à ce qu’ils font ! Nous sommes dédiés au type de l’enseignement moderne où les étudiants ont une interaction étroite avec leurs professeurs. Mais nous allons offrir aussi plus que cela. Nous créerons également un environnement où les étudiants peuvent être inspirés. En ma qualité de vice-doyen des affaires académiques à l’Université de Tlemcen, j’ai eu la responsabilité envers plus de 4000 étudiants, dont certains sont venus d’autres pays africains. Nous mettons à disposition une infrastructure de base pour le bien-être de chaque étudiant: un environnement confortable, des laboratoires, des classes, une bibliothèque, une résidence, une restauration, un service de transport. Mais nous sommes aussi très engagés à créer une bonne atmosphère pour l’interaction sociale, pour découvrir leurs camarades. Je voudrais les voir partager leurs expériences culturelles, organiser des événements qui rassemblent les gens. Dans l’avenir, nous espérons attirer des étudiants d’autres pays, et pas seulement ceux de l’Afrique, mais aussi ceux de la diaspora africaine qui souhaitent retourner au continent et apporter une contribution à l’avenir de l’Afrique.

Q: Quelles seront les avantages de PAUWES pour l’Afrique en général?

R: Nous visons à former une nouvelle élite qui sera en mesure de prendre des décisions qui sont les meilleures pour le développement à long terme du continent africain. Ces gens vont créer une différence dans leurs domaines, en contribuant aux améliorations techniques indispensables, aux recherches pratiques et utiles, et mettre en place un réseau qui s’étend sur le continent pour les prochaines décennies. Ce projet revêt beaucoup d’importance pour l’Afrique, non seulement pour la revitalisation de l’enseignement supérieur, mais aussi comme une opportunité d’apprendre de l’expérience des partenaires thématiques – dans notre cas, l’Allemagne. Cette question a été la teneur des discussions quand nous avons posé notre candidature pour accueillir le PAUWES à l’Université de Tlemcen. L’Afrique est un grand continent diversifié. Nous devons construire des passerelles entre nos régions. À mon avis, c’est l’une des décisions politiques les plus importantes prises par l’Union africaine. PAUWES va nous donner la chance de construire un projet commun pour l’Afrique, d’attirer les meilleurs étudiants, contribuer à la recherche grâce à la coopération et d’apporter des améliorations techniques qui soutiendront l’élaboration des politiques dans l’avenir. Nous allons avoir le premier modèle de réseau réel, qui ne visera pas uniquement à améliorer la qualité de la recherche, de l’éducation et de la technologie, mais aussi contribuer à notre autosuffisance. L’UPA est une initiative lancée par les Chefs d’État Africains et le Gouvernement de l’Union Africaine. Il s’agit du premier réseau universitaire continental dont la mission est de dispenser des études supérieures compréhensives orientées vers le développement d’une Afrique prospère, intégrée et pacifique. Le système de l’UPA regroupe des instituts et des centres de recherche au Kenya, au Nigeria, au Cameroun, à l’île Maurice et au sein d’autres grandes universités africaines. L’UPA s’inspire de la vision d’une Afrique dirigée par ses propres citoyens tout en constituant une force dynamique sur la scène internationale.